Tracteur autonome : que peut-on attendre des solutions d’autonomisation ?

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Le 8 septembre 2026, une démonstration d’un tracteur équipé du système d’autonomisation IQUUS, distribué en France par Latitude GPS, était organisée chez à Ménéac (Morbihan). La démonstration s’est déroulée sur une parcelle de 4,5 hectares. Pour le réseau cuma Ouest, cette démonstration s’inscrit dans une démarche de veille engagée depuis plusieurs années. La technologie avait déjà été observée en juin 2024 lors d’une visite du siège de Latitude GPS à Venon, dans l’Eure. À cette époque, IQUUS était encore en développement et n’était pas commercialisé. Deux ans plus tard, la solution est désormais déployée chez de premiers clients.

Une conduite autonome basée sur la programmation des missions

Le principe repose sur le concept du rétro-fit. Il s’agit d’équiper d’un tracteur conventionnel  (avec boîte Vario) de différents systèmes permettant d’automatiser la conduite aux champs. Le tracteur utilise notamment le GPS RTK pour suivre précisément les trajectoires. Les missions sont préparées et paramétrées en amont. Le système peut ensuite gérer les passages dans la parcelle ainsi que les séquences en bout de ligne : relevage de l’outil, demi-tour, remise en position et reprise du travail. Le régime moteur peut également s’adapte en fonction de l’avancement dans la parcelle. Lors de la démonstration, le fonctionnement dans le cœur de la parcelle a pu être observé concrètement.

Une autonomie qui reste supervisée

Le terme « autonome » ne signifie toutefois pas que la machine fonctionne sans présence humaine. Le système est habilité à fonctionner en mode « jumeau », avec un opérateur qui reste à proximité du tracteur afin de pouvoir intervenir rapidement.

Celui-ci dispose d’une télécommande permettant notamment d’activer ou de désactiver le fonctionnement. Elle comporte également un arrêt d’urgence permettant d’arrêter immédiatement la machine. Une application existe également, mais la télécommande constitue le dispositif recommandé pour l’opérateur présent sur le terrain.

Cette notion de supervision est importante lorsqu’on s’intéresse aux conséquences de l’autonomie sur l’organisation du travail : le conducteur peut être libéré de la conduite, mais il reste nécessairement dans ou à proximité de la parcelle, afin d’être en capacité d’intervenir si besoin.

Des dispositifs de sécurité renforcés

Le tracteur dispose de lidars, de radars et de caméras à l’avant et sur les côtés pour percevoir son environnement. Un bumper permet de déclencher l’arrêt à la suite d’un contact physique. Plusieurs dispositifs d’arrêt d’urgence sont également présents sur le tracteur. Les aspects liés à la cybersécurité ont par ailleurs été pris en compte via les services de Orange Cyberdéfense.

Le dispositif est aujourd’hui assurable : “Groupama Centre-Val de Loire a validé l’assurance de tracteurs équipés de IQUUS”. Etant donné que l’installation du système, constitue une modification substantielle du tracteur, elle fait l’objet d’une certification.

Une technologie qui sort du stade expérimental

Latitude GPS compte aujourd’hui environ une dizaine de clients en France, tandis qu’une soixantaine de dispositifs seraient présents aux Pays-Bas.

Parmi les clients mentionnés par Latitude GPS, figure une exploitation des Landes produisant des carottes en agriculture biologique et utilisant également un système de désherbage laser “Carbon Robotics”. L’avancement de ce type d’équipement étant très lent, l’automatisation de la conduite présente un réel intérêt. D’autres utilisateurs ont également été cités lors de la démonstration, notamment l’hippodrome de Deauville-Clairefontaine et la station INRAE de Montoldre.

Des perspectives pour les travaux très lents

L’un des intérêts identifiés lors de la démonstration concerne en particulier les travaux réalisés à très faible vitesse.

La vitesse minimale annoncée lors de la présentation est de 0,108 km/h. Cette capacité est  intéressante pour des travaux particulièrement longs et répétitifs, notamment en désherbage mécanique ou pour certains travaux de précision, en particulier en maraîchage.

L’enjeu n’est donc pas nécessairement de faire rouler un tracteur autonome plus vite, mais plutôt de réduire le besoin de présence permanente au poste de conduite lorsque la tâche elle-même est lente et répétitive.

Les fourrières, encore un point à améliorer

La démonstration a principalement porté sur le travail dans le cœur de la parcelle.

La gestion des fourrières reste aujourd’hui un point d’amélioration. Il est techniquement possible de les intégrer, mais cela nécessite de gérer différentes “missions” et de les réassocier dans le logiciel. Dans les parcelles importantes et régulières, cette contrainte peut rester limitée. Elle devient davantage problématique dans les petites parcelles ou les parcelles irrégulières.

Dans la pratique, Latitude GPS indique que ses clients actuels préfèrent reprendre la conduite manuellement pour effectuer le tour de la parcelle, puis changer de parcelle. Dans l’Ouest avec de petites parcelles, le point de vue des agriculteurs pourrait se révéler différent.

Quel intérêt pour les cuma ?

Le coût annoncé lors de la démonstration est de l’ordre de 100 000 €, incluant notamment l’équipement, l’arpentage, le paramétrage et les éléments liés à la certification. Un coût récurrent de l’ordre de 3 000 à 4 000 € par an a également été évoqué.

De tels niveaux d’investissement posent la question de l’utilisation individuelle de la technologie, mais aussi celle de la mutualisation.

Dans le réseau cuma, plusieurs pistes peuvent être imaginées : acquisition par une cuma, utilisation par plusieurs adhérents ou encore développement d’un service intégrant l’équipement, le paramétrage, le suivi et la maintenance.

La question de la supervision est alors centrale : il faut notamment déterminer qui assure l’arpentage et la surveillance du tracteur, dans quel périmètre et avec quelles compétences.

De la robotisation à l’organisation du travail

Au-delà de la performance technique, l’intérêt de ces solutions doit donc être regardé sous l’angle de l’organisation du travail.

Si un tracteur peut réaliser seul une tâche répétitive pendant plusieurs heures, l’intérêt est de permettre à l’agriculteur ou au salarié de consacrer ce temps à une autre activité, tout en restant à proximité pour assurer la supervision.

C’est cette question qui mérite désormais d’être approfondie : dans quelles situations l’autonomie permet-elle réellement de gagner du temps, de réduire la pénibilité ou de faciliter l’organisation du travail ?